Suite
à la disparition, en 1999, de Franjo Tudjman, le père de la nouvelle
Croatie, le gouvernement de Zagreb et ses nombreux sbires dans les
médias, semblent plutôt mal à l'aise face à l’indépendance du pays.
A quoi bon l’indépendance si l'on doit rechercher la légitimité
en répudiant l’héritage de Tudjman ? En fait, le recentrage
n'est guère difficile. De toute façon la grande majorité des dirigeants
croates étaient passés du col Mao et du col Tito au Rotary et
à ce grand philanthrope de Soros. Cette fois-ci ils se préparent
en sourdine à une nouvelle union panslave, sous la houlette probable
de l’Union Européenne, et sous la forme d'un marché libre faisant
fi des réalités nationales. D'un titisme mal digéré, beaucoup avaient
déjà basculé vers un libéralisme sans frein. Reste un grand mystère
: comment les politiciens croates qui se prosternaient devant feu
Tudjman pour décrocher une sinécure, sont-ils devenus aujourd'hui
les mimes dociles d'un capitalisme sauvage importé de l’Occident
?
Le
recyclage idéologique semble s’être effectué avec d'autant plus
de facilité que le globalisme moderne offre aux sempiternels convertis
balkaniques une utopie conviviale plus achevée qu'un titisme discrédité.
Et en effet, le nouveau discours «politiquement correct »
adopté par la classe politique a cessé d'emprunter aux slogans de
la gauche autogestionnaire. C'est désormais le sabir antiraciste,
antifasciste, et mondialiste qui l'emporte aujourd'hui dans les
hautes sphères du pouvoir politico-médiatique de Croatie.
Pour
les mentors occidentaux et leurs disciples croates, le travail est
d’autant plus facile qu’ils partagent tous le même pedigree philomarxiste.
Les deux camps utilisent une nouvelle forme de bricolage idéologique,
et recourent de concert à une langue de bois bien arrosée de sermons
mondialistes et d'oukases moralistes venus tout droit d’Outre Atlantique.
Déjà la dette extérieure de la Croatie dépasse 14 milliards de dollars,
soit 3,500 dollars par habitant, alors que la belle côte dalmate
se vend aux enchères urbi et orbi. La
Croatie est d'ores et déjà devenue un protectorat, un pays en
voie de disparition, où flanqués de businessmen
américains, les commissaires illettrés de Bruxelles, tiennent le
haut du pavé.
La
ridicule coalition rouge-vert-jaune qui se compose de cinq partis
au pouvoir et que préside un petit bonhomme barbu, l’ex-communiste
Ivica Racan, n'est plus qualifié que de « pouvoir–partouzard »
par l'homme de la rue. Effectivement, on ne sait plus que faire
au sommet de l'Etat pour séduire Bruxelles et complaire à Washington.
Faut-il se prosterner d’abord devant l’Union Européenne, ou vaut-il
mieux privilégier L'Otan et attendre la bénédiction des Américains ?
Dans
les contrées balkaniques les "yougos" et les titoistes
ne sont jamais morts. Autrefois ils faisaient le pèlerinage obligatoire
de Moscou et de Belgrade : aujourd’hui le nouvel itinéraire politiquement
correct impose des destinations différentes et dans la mantra
des bien-pensants, New York et Tel Aviv font désormais
figure de nouveaux lieux saints. Au sein de la gauche post-titiste
croate, l’idée dominante est qu’en récitant la litanie des de droits
de l’homme et en prêchant le multiculturalisme promu par Bruxelles,
la Croatie ne tardera pas à entrer dans le club des riches. En
revanche, toute critique émanant des anti-occidentalistes croates
se voit aussitôt fustigée comme "fasciste"
et "oustachie".
Les
images des souffrances endurées dans l'ex-Yougoslavie sont disparus
pour de bon des écrans télévisuels. Les héros de guerre, croates
et serbes, sont poursuivis par le tribunal de la Haye. On n’ose
piper mot des énormes massacres perpétrés après 1945 par les yougo-communistes,
et aujourd'hui, grâce à l'Occident, leurs héritiers et épigones
sont solidement installés au pouvoir.
A
défaut d'une diplomatie cohérente les onusiens et les eurocrates
préfèrent tabler sur une diplomatie culinaire, et miser sur une
classe politique locale aussi corrompue que criminogène. Leur politique
ne compromet pas, n'engage à rien, et donne bonne conscience à tous
aux quatre coins de l’Europe. Quant aux masses croates, leur peur
pathologique de l’ex- « homo
sovieticus »
est toujours là, et beaucoup ne savent pas identifier leur ennemi
principal. On s’en prend aux Serbes – ce qui fait rire la classe
au pouvoir - alors que c'est du coté de l'Occident qu'il faudrait
chercher le mal. Si toutes les parties dans les Balkans, sont globalement
coupables, il va de soi que toutes doivent logiquement subir les
sanctions de La Haye, avant de s'embrasser de nouveau dans une nouvelle
union balkanique. Face à la récente guerre dans les Balkans, les
beaux discours des politiciens européens sur une prétendue Europe
unie sonnent creux. La trahison des clercs occidentaux a déclenché
notre avant guerre en 1991 en ex-Yougoslavie. Il est probable que
la vraie guerre à outrance aura bientôt lieu quelque part ailleurs
en Europe occidentale et multiculturelle.